“Early this morning
When you knocked
Upon my door
An I say
Hello Satan
I believe it's time to go
Me and the Devil
Walking side by side”

Ainsi commence la chanson de Robert Johnson Me and the devil blues, accompagné de sa guitare. Je l’imagine seul, assis sur une chaise dans un studio miteux de Chicago entouré de longue volute de fumé de cigarette qu’il fume du bout du bec, tournant le dos à l’homme qui enregistre les sessions pour conserver un secret : celui de son jeu à la guitare. Sa légende est faite… on parle de lui avec une certaine crainte. On évoque tout bas une rencontre avec le diable à un carrefour dans un coin paumé du Mississippi. Il apporte en même temps que son blues du Delta une réputation sulfureuse.

Quasiment 80 ans plus tard Gil Scott Heron sans guitare, mais toujours, lui aussi, une cigarette roulée au coin des lèvres, le visage marqué par les excès, les années et la maladie, reprend les mêmes mots pour une interprétation encore plus déchirante de Me and the devil. Il est un sage pour la musique black moderne. On le dit père du rap, légende de la Soul. Aurait-il lui aussi croisé le démon au détour d’une ruelle New-yorkaise ?
Là où il était question de la tentation chez Robert Johnson, Gil Scott Héron y injecte une dimension sociale.

Je reviens sur ce thème avec une vision plus personnelle de la rencontre avec le diable, dans la continuité de celle de Gil Scott Heron. Chaque coin de rue, chaque bout de campagne est un carrefour propice à une rencontre avec ces êtres grimés tels des figures fantomatiques. Chacun de ces êtres est une incarnations du Baron Samedi que l’on ne voit pas, ou plutôt que l’on ne veut pas voir.
Ces personnages parés de blanc hantent nos rues, ils progressent au milieu de silhouettes floues, dans l’ombre, toujours mouvantes. Seuls, ces fantômes statiques regardent le monde avec mélancolie, tristesse et parfois de la détresse.
Par la mise en scène, le jeu de lumière, le travail sur la photo, j'apporte un univers sombre mais pas dénué d’humour.

Chaque photo est une histoire.
Chaque photo est une rencontre.
Ce sont des hors la loi.
Ils sont hors du temps.
Hors des conventions sociales.
Hors de la cellule familiale.
Ils sont hors du monde des valides.
Hors de la civilisation.
Ils sont hors de leur condition humaine.

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